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Et si l’école pouvait être utile au journalisme ?

« Remarquables ! Ils sont remarquables ! » Si l’on tend l’oreille, c’est en général ce qu’on entend lorsqu’un journaliste sort d’une salle de classe. Une expression qui révèle bien la richesse du dialogue qui se construit à l’occasion des rencontres entre  élèves, enseignants et journalistes.

Si l’utilité de l’intervention de journalistes en classes n’est plus à démontrer et relève même de l’institution, Qu’en est-il de la réciproque ? Quels intérêts les journalistes ont-ils à intervenir dans les classes ? Qu’en retirent -ils sur le plan  professionnel ou personnel ? Débuts de réponses à travers des échanges avec des professionnels des médias, rencontrés aux Assises du journalisme de Tours 2018.

L’école n’est pas un sanctuaire, mais un lieu de rencontre avec la société dans son entier, avance  par exemple Emmanuel Vaillant, directeur de l’association Zone d’Expression Prioritaire. En sortant de leur salle de rédaction, les journalistes sortent de leur zone de confort ou de leur tour d’ivoire, estime de son côté Estelle Cognacq, directrice adjointe de la rédaction de France Info. Ils se confrontent à la réalité sociale qui fait l’école et aux enjeux qui la traversent : immigration, inégalités, discrimination, communautarisme mais aussi engagement dans des projets, vivre ensemble ou accès aux savoirs.

Ces rencontres en classe sont aussi  des occasions d’échanges intergénérationnels et interculturels où se déconstruisent les stéréotypes et les idées préconçues des uns sur les autres. Exemple ? Emmanuel Vaillant assure qu’il a dû attendre trois ou quatre interventions au lycée de Sevran pour que les jeunes se dépouillent du costume que la société  plaque sur eux, cessent de jouer le « jeune de banlieue » pour être (enfin) eux-mêmes.

Interpellée par l’usage aisé et massif du « smartphone » par les adolescents, Marie-Laure Augry, journaliste à France Télévision, aime ces temps d’échange avec la jeunesse, la fraîcheur, la modernité des usages médiatiques. Cela permet de combler le fossé entre nos pratiques professionnelles et celles des jeunes, confirme Guy Bernière, ancien rédacteur en chef à l’AFP.

Les interactions ont d’ailleurs un impact personnel sur les journalistes. La parole libre des élèves, parfois inattendue, renvoie les professionnels des médias à eux-mêmes, les questionnent sur leur vision du monde, sur leurs valeurs, sur leur engagement et leur posture face à certains clichés.  « Chez les jeunes, le Smartphone est le prolongement de la main. Ils ont une approche sensorielle du monde sous la forme d’images et de sons », témoigne ainsi Guy Bernière, qui y voit une autre appréhension et compréhension du monde.

Les journalistes réfugiés en France, dans le cadre de l’opération Renvoyé Spécial, du fait des questions des élèves, sortent régulièrement de leur rôle de journaliste, pour être  de simples êtres humains, à la fois en souffrance et en reconstruction. Ils indiquent leur intérêt de partager leur expérience avec des jeunes Européens même si cela rappelle des souffrances personnelles.

Ainsi, l’école est utile aux journalistes pour se confronter à la réalité, pour se débarrasser de stéréotypes sur les jeunes et devenir des passeurs de savoir tenant compte de la richesse des élèves. En cela, chaque professionnel des médias n’est-il pas un enseignant qui s’ignore ?

Sylvain Joseph, académie de Versailles
Édouard Bessière, académie de Rouen
Marie Pieronne, académie de Corse