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Écrire pour la radio

Aussi étonnant que cela puisse paraître, à la radio, on écrit... L'improvisation a peu de place dans les émissions, à l'exception du suivi en direct d'événements sportifs. Alors pourquoi n'a-t-on pas l'impression que les journalistes lisent un texte ? Tout simplement parce que leurs textes  sont  rédigés. L'écriture radio doit avant tout adopter un style « parlé ». D'où l'utilisation de mots et de constructions de phrases simples... Ne jamais oublier que la radio est le média le plus éphémère, celui que l' on écoute le plus souvent dans les « pires» conditions, en faisant autre chose (le temps de la TSF écoutée religieusement dans son fauteuil est révolu depuis bien longtemps !). Contrairement à la presse écrite, difficile de relire (... de réécouter !) ce que l' on n'a pas compris. Même si Internet permet de le faire, la démarche reste encore minoritaire...

Il faut garder à l'esprit que l'on s'adresse au plus grand nombre  possible

Le vocabulaire  et les idées développées  doivent être compris  par le grand  public.
Des phrases courtes : une  phrase/une  idée.
Des phrases simples :  sujet/verbe/complément. Lorsqu'on  se relit et qu'on  aperçoit un "qui", un "que ", un "parce que", etc., on le supprime, et une phrase longue de style écrit se transforme en deux phrases courtes de style parlé.
Éviter  les mots de liaisons qui  alourdissent  l'expression (car, en effet...).
Peu d' adjectifs.
Des mots concrets. Éviter tout ce qui est abstrait.
Éviter les termes techniques,  le jargon professionnel, les sigles, les   abréviations.
Utiliser le présent de l'indicatif ou le passé composé. Ce sont les temps du récit...
L'imparfait et le passé simple sont à éviter, de même que le participe présent qui alourdit I'expression ...
Ne pas vouloir trop en dire, au risque de compliquer  la compréhension  : un  papier ou une brève/un angle.

Attirer l'auditeur...  avec l'information en tête

Toujours commencer une brève ou un lancement par l' information : l'actualité. En d'autres termes, ce qui  justifie que l' on parle de cette info... C'est aussi ce qui va attirer l' attention  de l'auditeur.

Qu'y  a-t-il de nouveau,  d'original  ?

Quelle est l'information  essentielle?

Commencer par des faits précis (quoi, avant pourquoi) . Élargir au fil du papier.

Les informations complémentaires sont données par ordre d' intérêt décroissant.

Maintenir l'attention de l'auditeur

Il faut raconter une histoire (mais pas des histoires !) avec un début, un développement et une chute. Cela aidera l'auditeur à nous suivre. En quelque  sorte, prenons-le par la main; mais pour cela,  il  faut l'intéresser.   
Prendre  des exemples,  mettre  en situation.  Il faut écrire  en  images...  Pour  cela, décrivons le lieu et/ou les personnages dont nous parlons. Comme dans un bon roman, des images se formeront dans l'esprit de l' auditeur , le sujet deviendra concret, vivant, et l'attention se maintiendra.
Rédiger en fonction des questions fondamentales du journalisme : qui, quoi, où, quand, pourquoi ?
Impliquer éventuellement les auditeurs par des questions, des exclamations, mais attention au côté artificiel,  à ne pas sonner faux... Si le papier prévu en direct est long, il faut le couper par des relances du présentateur (qui relanceront  l'intérêt du sujet et  de l'auditeur ). C'est le principe du questions / réponses,  dans un style de conversation.
Partir toujours du plus récent , avant de revenir, plus loin, sur des faits passés : principe du flash back au milieu du papier. Le journaliste n'est pas un historien; il doit d'abord raconter l' actualité,  le présent, avant de revenir au passé de l' événement.

Puis on passe au micro

Il faut faire preuve de dynamisme.
Du punch! Il faut croire à ce que l'on dit (on raconte l' actualité ...). Si l' on n'y croit pas, les auditeurs  n' y croiront pas non  plus... et ils détourneront  leur  attention.

La composition d'un journal radio

Le journal est composé de titres, brèves, lancements, papiers, éléments sonores et de pieds.
Une brève est une information lue à l'antenne par un présentateur. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, une brève peut être longue ou courte. Le présentateur  choisit en effet de développer  ou non  l'information.
Si le présentateur fait appel à une autre personne pour développer le sujet, il rédige alors un lancement, qui sert d'introduction. C'est lui qui va présenter le sujet et donner envie d'en savoir plus. Suivront alors un papier écrit par un autre journaliste (reporter ou spécialiste du sujet) ou un élément sonore (interview d'un témoin, d'un expert, d'un personnage au cœur de l'actualité, ambiance d'un stade, d'une manifestation, musique...). Cela pourra être également un reportage qui inclut explications du journaliste et différents éléments sonores.
Le traitement du sujet pourra être complété par un pied : à l'issue du papier ou de l'élément sonore, le présentateur ajoute une courte brève qui donne quelques informations  supplémentaires et conclut ainsi le  sujet.
Enfin, pour annoncer le contenu d'un journal ou d'une émission de radio, on débute par des titres. Ce sont eux qui doivent dire à l'auditeur : Écoutez-moi, vous allez apprendre une multitude d'informations intéressantes. On les rédige en dernier, une fois que l'on connaît le contenu global du journal ou de l'émission. Il s'agit de mettre en valeur, en quelques mots, trois ou quatre informations parmi les plus importantes, les plus passionnantes, les plus originales ou les plus innovantes...
La virgule (ou jingle), composée de quelques notes de musique, permet de séparer les différentes parties du journal. Et , bien sûr, le journal débute par un indicatif (à la télévision, on parle de générique).

Construire un flash

Avec plusieurs brèves, on construit un flash : il s'agit en quelque sorte d'un petit journal dans lequel un présentateur enchaîne plusieurs informations en quelques minutes (entre une minute trente et trois minutes environ).
C'est là qu'intervient une nouvelle notion: la hiérarchie de l'information.
Si on dispose de cinq ou six brèves, dans quel ordre les donner à l'antenne ? Même si on les considère toutes comme de même importance, il faudra obligatoirement une première et une dernière...
Il n'existe pas de règles scientifiques, mais quelques règles radiophoniques de bon sens...
La radio étant le média de l'immédiat, l'information la plus récente sera privilégiée en tête d'un flash. Ou la plus importante. Cela pourra être également la plus originale. Quoi qu'il en soit, il faut qu'elle suscite un certain intérêt chez l'auditeur, sachant aussi que tous les auditeurs n'ont pas nécessairement les mêmes centres d'intérêt...
Hiérarchiser l'information est un exercice peu aisé. C'est d'ailleurs ce sujet qui remplit le courrier des lecteurs de nombreux journaux spécialisés dans les programmes radio et télé:« Pourquoi le journal radio X ou télé Y a-t-il été ouvert avec cette information..., alors qu'il a fallu attendre 15 minutes avant de voir enfin développée la plus importante? » Évidemment, l'auditeur satisfait ne se fera pas entendre... Mais ceci illustre la difficulté de l'exercice: l'ordre choisi pour agencer les informations ne pourra pas satisfaire l'attente de l'ensemble des auditeurs.
Une autre règle: pour éviter la monotonie, il faut alterner des brèves plus ou moins longues. En tout cas, qu'elles ne soient pas toutes de la même longueur ni de construction identique...
Enfin, les informations sont regroupées par thèmes. National et international sont clairement séparés pour faciliter la compréhension et éviter toute confusion.   

Construire un journal

On passe à une autre dimension. Il ne s'agit plus de quelques minutes, mais d'au moins cinq à dix minutes, voire plus. Cela peut être aussi une émission-magazine de vingt à trente minutes. Comme pour le flash, il faut hiérarchiser et... mettre en scène. Il faut également jouer la diversité :  alterner brèves longues, brèves courtes, papiers, éléments sonores, interviews...
Ne pas enchaîner quatre ou cinq brèves, ce que l'on appelle dans le jargon journalistique un « tunnel de brèves». Éviter aussi d'enchaîner deux papiers.
Pour faciliter la compréhension des auditeurs, on rassemble dans des chapitres les informations de même nature. Le présentateur rassemble par exemple les faits de société, puis les événements sociaux, les sujets politiques, les informations étrangères, enfin les résultats sportifs, sans oublier  la météo. Chaque partie peut être séparée par une virgule d'une à deux secondes.
Un journal ou un magazine, cela se met en scène. Là encore, il faut maintenir l'attention de l'auditeur. D'où l'importance de la construction du conducteur...
Le conducteur est le document qui indique la progression de l'émission. Il permet au présentateur et au technicien de suivre l'ordre du journal et indique aux reporteurs à quel moment ils interviennent.

   
Bruno Denaes, secrétaire général, France Info