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Étudier la photo de presse en histoire des arts

  • Fiche conseil parue dans le dossier de la Semaine de la presse 2012
Les photographies de presse ne sont pas des œuvres d’art. Mais certaines d’entre elles, par leur dimension esthétique et leur valeur symbolique, semblent appartenir au champ des arts visuels. Elles peuvent ainsi faire un sujet d'étude très pertinent en histoire des arts, à condition qu’on sache bien définir ce qu’est une œuvre d’art.Trois pistes pédagogiques sont possibles.

Photographie de presse et archétype

Loin de refléter la réalité, les photographies de presse se réapproprient une tradition iconographique culturelle. Les photo-reporters reconstruisent le réel en utilisant des stéréotypes et des images réflexes, gravés dans l’inconscient individuel et collectif. Par un travail de comparaison entre des tableaux du passé et des photographies contemporaines, il s’agit de faire prendre conscience aux élèves des archétypes utilisés dans les photographies de presse. En s’appuyant sur le travail de Gianluigi Colin (art director et responsable de l’image du Corriere della Serra), l’enseignant peut aborder la figure de la madone dans la tradition iconographique occidentale.
Mener une analyse descriptive comparée d’un tableau et d’une photographie de presse : tableau La Déposition, de Pontormo (vers 1527), ou une autre figure de Pietà ; photographie de presse La Madone de Bentalha (1997), d’Hocine Zaourar, ou celle de Georges Mérillon, La Pietà du Kosovo (1990).

Synthèse 

La représentation d’un archétype fort, la Madone dolorosa. « Aux yeux de la presse, une photo est réussie si elle est lisible et qu’elle fournit une synthèse emblématique de l’histoire que les journalistes ont envie de raconter. Quand on regarde cette image, on sait qu’il y a eu un drame, que la femme est une victime et qu’il faut pleurer. Ce n’est pas une photo mais une allégorie. » (André Gunthert, directeur du laboratoire de l’histoire visuelle contemporaine à l’EHESS).

Prolongement possible : la trilogie de Pascal Convert

L’enseignant pourra s’intéresser au travail du plasticien Pascal Convert, qui a représenté la scène du cliché de Hocine Zaourar. Il a retracé le fil de cette image de presse en allant à la rencontre du photo-reporter. Il a interviewé des experts de l’image, des historiens de l’art et des philosophes, essayant de comprendre comment elle est devenue une icône. Son travail s’inscrit dans une trilogie, avec La Pietà du Kosovo, tirée de la photographie de Georges Mérillon (1990), et Mort de Mohamed Al Dura, extraite des images du caméraman de France 2,Talal abou Rahmeh (2000).

L’image de propagande détournée par un artiste

L’image de propagande est une image particulière car elle est le résultat d’une commande réalisée au service d’un pouvoir par une personne qui n’est peut-être pas journaliste. Les images de propagande ont abondé dans les régimes totalitaires et ont été publiées à la une des plus grands journaux. Des artistes se sont approprié ces images en les détournant.

Une étude possible : John Heartfield (1891- 1968), un artiste dadaïste allemand

Peintre et photographe, il est le principal auteur d’images contemporaines stigmatisant la montée du nazisme. Il est engagé en 1930 comme collaborateur d’un journal ouvrier allemand dont il illustre de nombreuses couvertures en utilisant la technique du photomontage, dont le plus connu est Des millions sont derrière moi (1932).

Un artiste contemporain engagé

Certains artistes s’appuient sur les images d’actualité, sources d’inspiration pour dévellopper des projets artistiques.

Une piste de réflexion : JR, un artiste contemporain français né en 1983

JR expose ses photographies en noir et blanc dans la rue, qu’il qualifie de « plus grande galerie d’art au monde ». Il se nomme lui-même « artiviste urbain». Après les événements de 2005 à Clichy-sous-Bois, il tire le portrait des jeunes qui font parler d’eux au JT de TF1. Il réalise une exposition, « Clichy sans clichés ». Il rallie à sa cause des photographes comme Marc Riboud et Yann Arthus-Bertrand. Il a développé en 2007 un autre projet, intitulé « Face2Face ». Il s’agit de photographies monumentales d’hommes et de femmes israéliens et palestiniens des deux côtés du mur de séparation dans plusieurs villes entre Israël et la Palestine.


Tiphaine de Thoury, professeure d’histoire et géographie et formatrice CLEMI, et Karen Prévost-sorbe, coordonnatrice académique  CLEMI (académie d’Orléans-Tours)

Le conseil du CLEMI

On s’appuiera avec profit sur l’ouvrage Regarder le monde, le photojournalisme aujourd’hui, de Marguerite Cros et Yves Soulé, Scéren-Cndp/ Clemi, coll. Éducation aux médias, 2010, qui comporte des pistes d’analyse de plusieurs photographies de presse.