CLEMI

Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information

Retrouvez nous sur :

Fake news, infox, de quoi parle-t-on ?


Par Isabelle Martin

Avant d’évoquer les « fake news » ou « infox » (voir encadré 1) qui recouvrent un ensemble de procédés contribuant à la désinformation du public, il semble important de rappeler en préambule ce qu’est l’information. Elle peut constituer le « mètre étalon » ou la référence par rapport à ce qui constitue une déviance plus ou moins importante, relevant alors de la mésinformation ou de la désinformation.

Télécharger l'infographie interactive associée (PDF, 68 ko)

Information, mésinformation, désinformation

Qui dit information dit « mise en forme ». Le terme vient du latin informare qui signifie « donner une structure, transmettre des connaissances, des renseignements » (dictionnaire Le Robert, juin 1995, p. 605).

L’information désigne à la fois le message ou contenu à communiquer, les symboles utilisés pour l’écrire et les cibles que l’on cherche à atteindre ; toute information étant liée à une intention de communication. En termes journalistiques, l’information se caractérise par trois aspects : elle rompt en général l’ordre habituel des choses (on parle plutôt dans les médias d’événements qui constituent une nouveauté), elle repose sur des faits établis (elle est factuelle) et elle est surtout vérifiée avant d’être diffusée. On verra sur ce dernier point que la course à la concurrence et au scoop conduit parfois les entreprises médiatiques à la précipitation et génère des erreurs fort dommageables (exemple de la « deuxième » affaire Dupont de Ligonnès qui constitue un incroyable ratage médiatique).

La mésinformation : l’ajout du préfixe mes- au mot « information » lui donne une valeur péjorative et en fait donc une mauvaise information, qualitativement imparfaite en raison d’erreurs de différentes natures (précipitation et absence de vérification, superficialité de traitement et incomplétude, non-actualisation de contenus et obsolescence, faux pour faire rire). La mésinformation n’est pas liée à une intention de tromper. Elle relève plus de l’erreur ou de la plaisanterie (les articles du Gorafi, par exemple).

La désinformation (préfixe latin dis- marquant la séparation, la négation) est définie par le dictionnaire Le Robert comme l’« utilisation des techniques de l’information de masse pour induire en erreur, cacher ou travestir les faits ». C’est un processus de communication qui consiste à utiliser les médias de masse, dont les réseaux sociaux, pour transmettre des informations partiellement ou totalement erronées dans le but de tromper ou d’influencer l’opinion publique et de l’amener à agir dans une certaine direction (motivations idéologiques, financières ou ludiques).

Clarifier les procédés de la désinformation et les illustrer

Il y a une impérieuse nécessité à expliciter ce que recouvrent les différentes réalités de la mésinformation et de la désinformation. Des apports scientifiques de spécialistes du sujet sont nécessaires et ils sont à illustrer par des exemples précis pris dans l’actualité. C’est ainsi que l’on apprendra aux élèves à retrouver dans les flux massifs d’information, ce qui relève de la mauvaise ou de la fausse information. Pour paraphraser William Audureau du journal Le Monde dans son article « Pourquoi il faut arrêter de parler de “fake news” » (31 janvier 2017) « le faux a son vaste nuancier, et pour quiconque s’intéresse aux faits, ces nuances sont précieuses ». C’est donc dans cette subtilité, dans cette finesse d’approche qu’il faut les accompagner.

Dès 2017, Claire Wardle, chercheuse à l’université de Harvard et directrice exécutive de First Draft (collectif d’experts œuvrant dans la lutte contre la désinformation), explicite dans l’article « Fake news, la complexité de la désinformation » (First Draft, 17 mars 2017) une classification qui permet de mettre de l’ordre dans le désordre de la désinformation.

D’après elle, pour comprendre le système actuel de l’information, trois éléments doivent être pris en compte :

  • les différents types de contenus créés et partagés ;
  • les motivations des personnes à l’origine de ces contenus ;
  • les modes de diffusion de ces contenus.

Claire Wardle identifie sept types de mésinformation ou de désinformation qui vont de l’erreur (lien ou contexte erroné) à la satire ou parodie pour ce qui est de la mésinformation, aux contenus trompeurs, fallacieux, complètement fabriqués ou manipulés pour la désinformation. Elle liste ensuite, pour chaque type, la motivation qui se cache derrière chaque procédé (intérêt économique, enjeu politique, etc.) et établit ce qu’on peut appeler la règle des huit P (piètre qualité de journalisme, parodie, provocation, passion, partisanerie, profit, pouvoir ou influence politique, propagande).

Il est très formateur de reprendre cette typologie, en la simplifiant cependant, car elle reste un peu trop complexe quand elle doit être utilisée avec des élèves.
À la manière de cette typologie, une typologie peut être proposée à partir des œuvres d’art de l’exposition interrogeant un procédé de mésinformation (Yes Men pour le canular, par exemple, cf. focus « Les artistes fabriquent-ils des fake news ? ».

Claire Wardle a publié, en octobre 2019, un guide relatif à l’information disorder ou « trouble de l’information » qui élargit le paysage de la mauvaise information en ajoutant à la mésinformation et désinformation, la « malinformation » ou information authentique, mais partagée avec l’intention de nuire et d’endommager la réputation des personnes visées, ce qui complexifie encore le paysage. « Les gens qui en font usage savent que les mensonges fondés sur un noyau de vérité sont plus susceptibles d’être crus et partagés », explique Claire Wardle. « De plus, la malinformation échappe ainsi plus facilement au fact checking effectué par l’intelligence artificielle » (voir l'article d'Alberto Silini qui présente les travaux de Claire Wardle de 2019, « Cinquante nuance de désinformation », Observatoire du journalisme européen, 28 novembre 2019).

Encadré 1 – Quel équivalent français pour « fake news » ?

La recommandation sur les équivalents français à donner à l’expression « fake news » est parue au Journal officiel du 4 octobre 2018.
La Commission d’enrichissement de la langue française a traduit « fake news » par le terme « information fallacieuse » ou par le néologisme « infox », forgé à partir des mots « information » et « intoxication ». Le terme est défini comme une information « mensongère ou délibérément biaisée », servant par exemple « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie ».

En savoir plus

Encadré 2 – Quelles sont les différentes natures de l’information ?

L’information est aujourd’hui, en sciences de l’information et de la communication, de trois natures différentes.
1. L’information au sens « événementiel » : le traitement et la restitution d’un événement (une actualité qui rompt l’ordre habituel des choses).
2. L’information au sens de « document » : centré sur la forme de la diffusion (article, photo, vidéo, reportage audio, etc.).
3. L’information au sens informatique du terme ou « data » : un ensemble de données informatiques qui sous-entend un traitement voire une exploitation automatisée.

Ressource en +

Fiche « Des “fake news” aux multiples facettes » d’Adrien Sénécat, journaliste au Monde, issue de la brochure « Éducation aux médias et à l’information 2020-2021 » du CLEMI (page 39).