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Les fake news en 10 dates clés


Par Isabelle Martin

Aborder le thème des fausses informations, c’est travailler sur une terminologie qui évolue avec les années et avec les avancées technologiques permettant leur fabrication et leur diffusion. Les dates choisies dans cette chronologie couvrent donc ce qui relève de l’évolution du lexique relatif au faux, mais aussi ce qui relève des remèdes apportés à sa diffusion, qu’il s’agisse de textes de loi ou de textes philosophiques…

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1. Moyen Âge : le mot rumor, ou « rumeur » à partir du XIIIe siècle, désigne un bruit qui court, en empruntant des voies informelles ; une nouvelle qui se répand mais dont l’origine et la véracité sont incertaines. Il s’agit aussi d’un bruit commun, produit par un grand nombre de personnes, bruit critique ou protestation qui peut conduire à la révolte.
Lire l’article « La rumeur au Moyen Âge : média des élites et voix du peuple » sur l’Ina.
Le mythe du complot juif contre la société chrétienne connaît au Moyen Âge de nombreuses déclinaisons locales. En 1321, en Aquitaine, par exemple, ce motif se constitue autour de la fausse accusation d’empoisonnement des fontaines et des puits par les juifs (source : Pierre-André Taguieff, Court traité de complotologie, Paris, Mille et une nuits, 2013).

2. Fin XVIIIe siècle : le texte « La dent d’or » issu de l’Histoire des oracles de Bernard Le Bovier de Fontenelle remet en question les méthodes prétendument scientifiques et évoque déjà la question de ce que nous appelons les « biais cognitifs ». Le texte est précurseur de ce que seront la philosophie des Lumières au XVIIIe et la lutte contre l’obscurantisme.
Sur bacdefrancais.net :

Sur la chaîne YouTube de L’Hygiène mentale : regarder l’histoire.

3. 1750 : le « canard » désigne une fausse nouvelle parue dans la presse après avoir désigné au XVIe siècle la publication diffusée par un colporteur et traitant d’un fait divers (source : BNF).

4. 1881 : loi sur la liberté de la presse du 29 juillet (article 27). La notion de « nouvelle fausse » fait son apparition dans ce cadre juridique. S’y ajoutent dans le code électoral, le code pénal ou le code monétaire et financier, les terminologies « fausse nouvelle », « information fausse » ou « fausse information ».
Lire l’article 27 sur legifrance.gouv.fr.

5. 16 novembre 2016 : le néologisme Post-truth (post-vérité) est choisi comme mot de l’année par le dictionnaire britannique Oxford, dictionnaire de référence pour la langue anglaise.
Lire l’article « Comment la gauche a inventé la “post-vérité” » sur The Conversation.

6. 2016 : apparition des « deepfakes » ou « hypertrucages » ou « médias synthétiques » qui élargissent le spectre du « faux » par l’usage de technologies numériques avancées. Ils complexifient également le travail de vérification (cf. l’œuvre Big Dada de Posters & Howe, voir focus « Les artistes fabriquent-ils des fake news ? »).

7. Février 2017 : en France et aux États-Unis, les politiques détournent à leur avantage le sens du mot « fake news ». En campagne pour les présidentielles françaises de 2017, Florian Philippot qualifie les contenus médiatiques de l’AFP de « fake news », tout comme Donald Trump, président des États-Unis investi depuis un mois, ceux de CNN, du New York Times, etc.

8. 2018 : « fake news » apparaît dans le palmarès des mots le plus employés par les médias selon la linguiste Jeanne Bordeau. Le mot est remplacé par « infox » au Journal officiel du 4 octobre 2018.
Lire l’article « Terminologie : comment est né le mot “infox” ? » sur culture.gouv.fr.

9. 22 décembre 2018 : promulgation en France de la loi contre la manipulation de l’information, couramment appelée « loi fake news » ou « loi infox ».

10. En 2019, apparaissent les « shallow fakes » qui reposent sur des techniques de montage. Joe Biden, lors de la campagne présidentielle américaine, en a été victime. Dans une vidéo virale partagée par la Maison-Blanche, il annonçait soutenir Donald Trump. Vidéo visible (en anglais) sur la chaîne YouTube de Euronews.