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Aborder caricatures et dessins de presse en classe

  • Fiche info, parue dans le dossier de la Semaine de la presse 2016
La caricature et le dessin de presse en général sont encore bien présents dans les médias, même si la satire dessinée est en perte de vitesse auprès du public. Les dessinateurs de presse, à la fois artistes et journalistes, forgent des armes de concision et s'appuient sur une connivence avec le public. Les élèves peuvent avoir du mal à comprendre ce genre très codé. En France, la caricature est une tradition républicaine, protégée par la loi sur la liberté de la presse de 1881 et par la jurisprudence des tribunaux.

Un point de vue généralement critique

Le dessin de presse est la représentation graphique d'un événement de l'actualité par un observateur à la fois artiste et journaliste. Il s'apparente cependant plus au billet d'humeur (pour le parti pris) ou au billet d'humour (pour l'ironie et le trait d'esprit) qu'à l'article informatif.
Dessin polémique, la caricature ne cherche pas toujours à déclen­cher le rire, mais elle déforme, parodie, ridiculise, dénonce une situation ou une personne. Ses trois fonctions principales sont : exagérer, défigurer, accuser.
Le dessin de presse témoigne d'un regard personnel du dessina­teur sur l'actualité. C'est un discours subjectif, l'expression d'une humeur, une interprétation de faits et un commentaire qui invitent le lecteur à porter un regard différent sur un événement et à se faire son propre jugement. Les dessins ont pour but de déranger, de faire débat, d'éveiller l'esprit critique des lecteurs.

Une prise de risque

Publier un dessin donne à voir la liberté de penser à l'œuvre. La caricature, un art de la subversion, s'appuie sur l'humour comme expression d'une résistance aux discours ou aux représentations dominantes ou majoritaires.

La liberté de la presse est donc indispensable pour permettre au dessinateur de jouer pleinement son rôle. Mais les caricaturistes, « fantassins de la démocratie », doivent repousser les limites de leur soriété, subissent des pressions, se heurtent à la censure quand ils posent des charges qui dérangent certains groupes ou les différents pouvoirs.

Connivence avec le lecteur

Les dessinateurs doivent utiliser des signes nécessaires à leurs dis­cours. Ils doivent faire preuve d'invention mais ils s'appuient aussi sur des signes graphiques spécifiques qui font partie de la culture de leur société. ils se servent des stéréotypes, des symboles ou des allégories identifiant des peuples comme marianne ou Oncle Sam. Ils détournent également des images faisant partie de la culture patrimoniale : plus une image a été répandue, plus elle est suscep­tible de détournements par la caricature.

Un ensemble de codes à déchiffrer

Le dessin est plus efficace qu'un article car cet «art du simultané» est vu et compris presque immédiatement du fait de son aspect condensé et synthétique. On a pu le qualifier de «coup de poing visuel ».
Mode d'expression synthétique sur l'actualité, réduit à quelques traits, sans détails superflus, il permet facilement à notre œil d'iden­tifier à peu près instantanément des formes simples qui ne sont pas utilisées au hasard par le dessinateur.
Mais contrairement à d'autres genres, le dessin ne trouve son plein sens qu'en lien avec les événements socio-politiques qui le justi­fient et dont on ne peut pas l'isoler. Il s'inscrit donc dans l'éphé­mère et dans le périssable.
La lecture d'un dessin de presse suppose un certain nombre de compétences (culturelle, rhétorique, logique ou linguistique) et des capacités d'abstraction. Il faut trois conditions pour bien le lire : connaître les personnes au pouvoir (allure physique et options poli­tiques), être au courant de l'actualité, avoir une culture suffisante pour comprendre les allusions historiques et culturelles, les codes et les symboles.

Une démarche

Après avoir reconstitué le contexte d'un dessin (contexte socio-éco­nomique ou politique de production, couleur politique et nationa­lité de son auteur, passé des personnages mis en scène, portée d'un événement), il faut en analyser les éléments qui le constituent et font sens en utilisant des procédures d'étude communes à toute lec­ture d'image, mais aussi reconnaître les emprunts à d'autres modes d'expression (bande dessinée, théâtre). Des compétences rhéto­riques (connaissance des principales figures), logiques (aptitude à l'abstraction et au raisonnement) ou linguistiques doivent être exercées. La compréhension d'un dessin de presse particulier est assurée lorsque la visée expressive de son auteur est identifiée au terme d'un bon repérage des éléments constitutifs et de l'établisse­ment entre eux des relations voulues par l'auteur.