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Comment et pourquoi mesurer la diversité dans les médias ?

Depuis 2009, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) publie le Baromètre de la diversité, qui permet de mesurer si les chaînes respectent leurs engagements en matière de diversité à l’écran. Comment fonctionne cet outil et quels enseignements en tirer ?

La méthodologie du baromètre

Pendant deux semaines, tous les programmes aux heures de forte audience des 17 chaînes de la TNT gratuite ainsi que Canal+ sont passés au crible. Dans chaque émission, les personnes qui s’expriment à l’antenne, quels que soient la durée de cette apparition et le temps de parole, sont indexées. Un principe de pondération prend en compte la durée des programmes et les rôles, selon leur importance (héros, personnages principaux, personnages secondaires et figurants). Le rôle de l’intervenant (« positif », « négatif » ou « neutre ») est également pris en compte. Près de 40 000 individus sont indexés, hors publicité, à chaque vague du baromètre. Le critère de « l’origine perçue » (perçu comme « blanc », perçu comme « noir », perçu comme « arabe », perçu comme « asiatique », ou « autre »), parmi les 7 critères mesurés par le CSA, est celui qui nous intéresse ici. 

Un recul quantitatif

En 2000, une première étude, confiée par le CSA à la sociologue Marie-France Malonga révèle alors une représentation à hauteur de 6 % des personnes « non blanches » à la télévision française. Rappelons que la France ne dispose pas de statistiques ethniques. Néanmoins, la première enquête TeO (trajectoires et Origines) de l’Insee et de l’Ined publiée en 2015 (à partir de données collectées entre septembre 2008 et février 2009) évalue que le pourcentage d’immigrés et de descendants d’immigrés, toutes origines confondues, est de 19,6 %. 

Les derniers résultats du baromètre (2019) montrent un net recul de la représentation des personnes perçues comme « non blanches » : elle passe à 15 %, contre 17 % en 2018 et 16 % en 2016.

Au sein des personnes perçues comme « non-blanches », le CSA constate une évolution : les personnes perçues comme « asiatiques » et celles perçues comme « arabes » sont plus représentées à l’antenne que les années précédentes (15 % en 2019 contre 13 % en 2018 pour les premières et 23 % en 2019 contre 19 % en 2018 pour les secondes), même si elles le restent largement moins que les personnes perçues comme « noires » (47 %).

Les habitants des territoires ultramarins, où vivent 3,26 % de la population, ne sont incarnés que par 0,4 % des personnes à l’écran. Un chiffre qui passe à 10 % si l’on inclut la chaîne France Ô. Rappelons que la chaîne dédiée aux Outre-mer a cessé d’émettre le 23 août 2020, une fermeture qui fait redouter une invisibilisation accrue des contenus ultramarins et l’abandon de la chaîne en tant qu’« instrument de lutte contre les discriminations ».

Quelques évolutions qualitatives

Des points positifs sont à noter au niveau des contenus : 21 % de personnes perçues comme « non-blanches » ont été représentées dans des rôles « positifs », soit une augmentation de 3 points par rapport à 2018. Autre évolution très forte : 16% de personnes perçues comme « non blanches » tiennent des rôles de personnages aux activités illégales ou marginales, contre 43 % en 2018, soit 27 points de moins.

Malgré ces avancées, et dix ans après la création de cet outil, le bilan reste décevant, voire décourageant. Les médias fonctionnent encore trop souvent comme des miroirs biaisés, incapables de refléter de façon juste la diversité sociale, ethnique et culturelle de notre société. Celle-ci est par ailleurs, sans surprise, peu présente au sein des entreprises médiatiques et culturelles (1). La diversité des représentations médiatiques constitue pourtant un fort enjeu de cohésion sociale. Cette défaillance suscite également les critiques du public, et le conduit à se détourner des médias, comme en témoigne le sondage de La Croix/Kantar.

1. Rapport de la Comission Médias et Diversité présidée par Bernard SPITZ (en ligne), mai 2010.

Ressources

  • Qu’est-ce que le baromètre de la diversité ? Conseil supérieur de l’audiovisuel [en ligne].
  • RODIER Justine. À la télévision, « la représentation des minorités ne se réduit pas à une question arithmétique ». Entretien avec Marie-France Malonga. La Revue des médias [en ligne]. 28/11/2019.

Virginie Sassoon, directrice adjointe du CLEMI