CLEMI

Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information

Retrouvez nous sur :

La cité maya imaginaire du 20 heures de France 2

Fiche ressources, parue dans le dossier pédagogique de la Semaine de la presse 2017

Vérifier la véracité d’une information, c’est d’abord vérifier la crédibilité d’une source. D’où vient l’info ? Quelle est la source ? Est-elle crédible ? si les journalistes professionnels sont censés faire ce travail de vérification, il arrive parfois que de grands médias diffusent de fausses informations par manque de rigueur. Illustration avec l’affaire, révélée par le site Arrêt sur images, de la pseudo-découverte d’une cité maya. 

En mai 2016, un jeune Québécois de 15 ans, William Gadoury, passionné d’astronomie, a découvert l’existence d’une gigantesque cité maya, dans la péninsule du Yucatan, au Mexique. Comment ? Ce petit génie est parti de l’hypothèse que les cités mayas avaient été construites en fonction des étoiles. Après l’analyse de 23 constellations, il s’est rendu compte qu’une cité maya n’avait encore jamais été découverte par les archéologues. 

Une découverte relayée par la presse

Cette information est relayée en France par le site 20minutes.fr

Elle est également reprise par le 20 heures de France 2. « D’autres observations spatiales de l’agence canadienne confirment celles de l’adolescent », assure en voix off le journaliste.

Une information publiée par le Journal de Montréal

Incroyable ? Oui, mais d’où vient l’information ? C’est le Journal de Montréal qui raconte l’histoire pour la première fois le 7 mai  2016. « Les experts et scientifiques sont unanimes. La découverte de William Gadoury est exceptionnelle », écrit le quotidien. Problème : tous les articles qui ont relayé l’affaire ne se basent que sur l’article du Journal de Montréal, et aucun scientifique n’est nommé. Un autre détail intrigue : à la fin de l’article du Journal de Montréal, on trouve un appel au don. Gadoury cherche en effet à se faire financer un voyage au Brésil pour l’Expo-science internationale 2017.

Des spécialistes de la civilisation maya mettent en doute la véracité de l'information

Une seule source, aucun expert réellement cité, une motivation suspecte… Le magazine américain Wired, les sites d’information  Arrêt sur images et Sciences & Avenir ont donc interrogé des archéologues et des spécialistes de la civilisation maya pour vérifier la véracité de l’information. Tous sont formels : l’histoire est bidon. « Cette histoire de planification de l’ensemble des cités en fonction des constellations est une aberration », explique par exemple Marie-Charlotte Arnauld, directrice de recherche émérite au CNRS et archéologue de la Méso-amérique. « Les villes sont des fondations politiques, socio-économiques, circonstancielles. Il n’y a pas de grand dessein maya ». En outre, « obtenir des images satellitaires de la NASA ne veut pas dire qu’on a la caution scientifique de la NASA ».

Le journal de Montréal modifie sa carte quelques jours plus tard

Preuve que l’information n’est pas fiable : sur Twitter, un journaliste de Radio Canada a découvert que le Journal de Montréal avait changé de version en quelques jours. Dans le premier article publié dans le journal, la nouvelle cité maya est censée se situer au Belize. Quelques jours plus tard, dans un deuxième article, la cité figure 200 km plus loin, au Mexique.

Quelques semaines plus tard, d’autres médias, recensés par Slate, démontrent que cette histoire n’est pas crédible. Dans les mois qui suivent, aucune cité maya n’a été découverte.

 

Sébastien Rochat, responsable du pôle studio du CLEMI (ancien journaliste pour le site Arrêt sur images)

 

Suggestions pour la classe

  • Regardez le reportage du 20 heures de France 2 et faites lire aux élèves l’article de 20 minutes : demandez-leur quelles sont les sources du journaliste.
  • Demandez aux élèves quels experts pourraient être interrogés pour vérifier l’information.
  • En salle informatique, demandez aux élèves de faire une recherche sur cette cité maya pour qu’ils découvrent la supercherie. Comment expliquer l’erreur du Journal de Montréal et des autres médias qui ont relayé cette fausse information ?