Aller au contenu principal

Fiche mise en ligne le 06 mai 2026

Nevena Dimitrova, docteure en psychologie de l’enfance et enseignante à la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (HETSL), s’intéresse à l’influence des écrans sur le développement de la communication et du langage chez les jeunes enfants.

Fabio Sticca, docteur en diagnostic et suivi du développement socioémotionnel et psychomoteur, est enseignant à la Haute école pédagogique de Zurich en Suisse. Ses recherches portent sur les effets des activités avec ou sans écran sur le développement des enfants.

Eva Unternaehrer est docteure et chercheuse auprès du département de recherche sur la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle en Suisse. Elle s’intéresse particulièrement aux effets de l’utilisation des technologies numériques sur les familles et sur le bien-être socioémotionnel des jeunes enfants et de leurs parents.

Quand les écrans font mal

Depuis des milliers d'années, les enfants grandissent et se développent sans écran1. Aujourd'hui, la recherche démontre une chose importante : lorsque de jeunes enfants passent trop de temps devant un écran, leur développement peut en être affecté. Sur le plan physiologique, on associe une exposition prolongée aux écrans à des troubles du sommeil, une augmentation des risques d’obésité et des retards dans l’acquisition d’aptitudes motrices fondamentales. Sur le plan psychologique, une longue exposition aux écrans entraîne quant à elle des retards dans l’attention et le langage, mais aussi des difficultés émotionnelles et sociales2.

Les organismes de santé publique donnent des recommandations claires : pas d’écran avant 2 ans et pas d’écran plus d’une heure par jour entre 2 et 5 ans. Le contenu regardé, toujours sous la supervision d’un adulte, doit être de grande qualité3. Malheureusement, dans la pratique, c’est une tout autre histoire. Beaucoup de familles ont du mal à suivre ces directives : seulement un enfant sur quatre âgé de 2 ans et un enfant sur trois âgé de 2 à 5 ans les respectent4.

Ce dont les jeunes enfants ont besoin pour s’épanouir

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les enfants de 2 à 5 ans ne devraient pas passer plus d’une heure par jour devant un écran. L’OMS insiste également sur la nécessité de faire trois heures d’activité physique par jour et de dormir environ douze heures par nuit. Ces recommandations mettent en évidence les besoins des jeunes corps et des jeunes cerveaux pour un développement optimal : une alimentation saine, un bon sommeil et beaucoup d’activité physique.

Depuis des décennies, les études démontrent que les bébés et les jeunes enfants apprennent mieux grâce au toucher, à la manipulation, à l’exploration, au mouvement, à l’imagination et à l’interaction. Ils ont besoin de tourner les pages d’un livre, d’empiler des cubes, de ramper, de jouer à faire semblant, d’observer les autres et d’exprimer leurs émotions. Ils apprennent la langue en écoutant les adultes parler et ils développent leurs capacités cognitives en interagissant avec le monde réel. L’utilisation prolongée des écrans a tendance à reléguer certaines de ces activités au second plan : l’exploration est souvent remplacée par la contemplation passive, et les interactions sociales par du temps d’écran solitaire.

En réalité, beaucoup d’obstacles se dressent entre les enfants et ces activités bonnes pour la santé. Certaines familles vivent dans des quartiers dépourvus d’aires de jeux sûres ou accessibles. D’autres n’ont pas accès à des aires de jeux en intérieur, à des maisons de quartier ou à des bibliothèques qui proposent des activités gratuites, comme des lectures de contes, des spectacles de marionnettes, des séances d’éveil musical ou des ateliers créatifs. De nombreux enfants n’ont pas souvent l’occasion de jouer avec leurs camarades. Pour aider à réduire ces inégalités, il est essentiel d’offrir aux familles des solutions abordables pour remplacer les écrans. Ces solutions peuvent être simples, par exemple transformer des activités quotidiennes, comme cuisiner, se pro- mener, lire, en moments d’apprentissage constructifs pour toute la famille.

Des solutions pour remplacer les écrans

De nombreux programmes proposent des solutions ludiques, gratuites et faciles pour remplacer les écrans :

– le National Health Service, le service de santé public au Royaume-Uni, présente des « activités en intérieur pour les enfants » afin qu’ils puissent effectuer les activités physiques quotidiennes dont ils ont besoin (ressources en anglais) : www.nhs.uk/healthier-families/activities/ indoor-activities-for-kids/

– l’American Academy of Pediatrics donne des clés pour « réorganiser la vie technologique de votre famille » (ressources en anglais) : COE_Reboot-Your-Familys-Tech-Life.pdf

– l’Unicef Amérique latine et Caraïbes fournit des vidéos, des guides et des livrets d’activités venus de Bolivie sur le thème « Jouez, riez et apprenez ensemble chez vous » (ressources en espagnol) : www.unicef.org/lac/en/ parenting-lac/early-learning/play-laughlearn-together-home

– l’Unicef Moyen-Orient et Afrique du Nord propose une série vidéo avec des activités interactives destinées aux parents d’enfants jusqu’à 5 ans sur sa page « Activités pour le développement de la petite enfance » (ressources en arabe) : www.unicef.org/mena/stories/activities-early-childhood-development

Conseils pour un temps d’écran équilibré

Pour un parent, les écrans présentent des avantages évidents. Ils occupent les enfants, les calment et les tiennent tranquilles. Ils contribuent à réduire les risques de danger lorsque la surveillance des enfants est plus relâchée et ils donnent aux adultes le temps de cuisiner, de répondre au téléphone ou simplement de se reposer. Pour beaucoup de familles, renoncer aux écrans n’est pas un objectif réaliste. Au lieu de demander aux parents de les éliminer entièrement, une approche plus raisonnable vise à les aider à gérer l’utilisation des écrans en instaurant des règles et des limites claires, tout en admettant qu’il s’agit d’un défi au quotidien.

Encadrer le temps d’écran

La première chose importante à faire est de considérer le temps d’écran comme l’une des activités dans la journée d’un enfant, plutôt que comme l’activité principale ou par défaut. Les parents peuvent se poser cette simple question : « Est-ce que mon enfant a eu l’occasion d’avoir une activité physique, de discuter et d’être créatif en dehors des écrans ? ». Si la réponse est oui, alors un contenu de haute qualité, visionné en présence d’un adulte, ne fait généralement pas de mal. L’objectif est d’empêcher que les écrans remplacent d’autres activ ités précieuses, comme les conversations, le mouvement et les jeux. Des routines bien établies sont également bénéfiques. Les jeunes enfants ont besoin d’un cadre et des règles bien définies aident à rendre le temps d’écran plus compréhensibles. Ces règles peuvent inclure :

  • pas d’écran pendant les repas ;
  • pas d’écran pendant l’heure qui précède le coucher ;
  • pas d’écran le matin avant d’aller à la garderie ou à l’école.

Ces règles permettent aux enfants de comprendre que l’on utilise les écrans à des moments et à des endroits précis. Les minuteurs, les sabliers ou les alarmes aident les plus jeunes à comprendre la durée d’une session.

Les transitions sont aussi très importantes. Lorsque le temps d’écran touche à sa fin, proposer une activité attrayante (comme un jeu, du dessin ou une sortie) aide à éviter le conflit. Une transition fluide rend la limitation de temps d’écran plus facile à accepter pour tout le monde.

Choisir le contenu : priorité à la qualité

L’autre aspect important est la qualité du contenu que les enfants regardent. Tous les contenus n’ont pas le même impact. Les parents sont en mesure de sélectionner des contenus adaptés à l’âge, avec un rythme lent et bien pensé, qui éveillent la curiosité des enfants, encouragent l’interaction et favorisent la conversation. Les plateformes conçues pour les enfants, proposant des contenus éducatifs et répondant à des normes strictes de sécurité et de confidentialité, sont généralement à privilégier. Désactiver la lecture automatique et éviter les contenus générés par l’IA ou les applications avec des achats intégrés, des récompenses ou des liens publicitaires aident votre enfant à rester concentré et à regarder des vidéos en toute sécurité. Ces précautions permettent aux parents de garder le contrôle et empêchent l’enfant de cliquer sur des vidéos au hasard.

Guider les enfants dans l’apprentissage des émotions

Le temps d’écran avec un adulte est le plus bénéfique. Les parents peuvent commenter, expliquer, poser des questions et faire le lien entre une histoire et la réalité. Il doit être un support de partage et de conversation.

Les parents peuvent utiliser les expériences des personnages dans une vidéo pour aborder le sujet des émotions : « Pourquoi est-il en colère ? », « Que pourrait-elle faire pour résoudre ce problème ? ». Ces petites conversations aident les enfants à mettre des mots sur leurs propres sentiments, à comprendre le point de vue des autres et à exercer leur empathie.

Il est aussi nécessaire d’offrir aux enfants une autre façon de se calmer et de gérer leurs émotions. Un coin « temps calme » avec des livres, des peluches ou des objets sensoriels offre une solution apaisante pour remplacer la tablette. Bien que les écrans puissent parfois s’avérer utiles, notamment lors de voyages ou de moments difficiles, ils ne devraient jamais devenir le seul moyen de calmer les enfants.

L’importance de montrer l’exemple

Les enfants apprennent en observant les adultes qui les entourent. Lorsque les parents consultent sans cesse leur téléphone (pendant les repas, les jeux ou les conversations), ces interruptions constantes, appelées « technoférences », peuvent avoir un impact sur la communication et les liens affectifs. En créant des moments en famille sans écran, on permet aux enfants de comprendre qu’il est possible de lâcher son téléphone et de se concentrer entièrement sur l’instant présent. Les règles n’ont de sens que lorsque les adultes les respectent aussi. Les parents sont des modèles, leurs habitudes technologiques forgent donc celles de leurs enfants.

Conclusion

Les écrans sont partout, mais les enfants n’en ont pas besoin pour grandir.

Même s’il est difficile de les éliminer totalement, les familles peuvent instaurer des rituels réfléchis qui intègrent les écrans de façon consciente et progressive, afin de soutenir le développement des tout-petits et nourrir leur épanouissement plutôt que de le freiner.

Télécharger le guide Unesco complet

Notes

1. Ici, nous nous référons à des activités qui incluent, au moins « Global prevalence of meeting screen time guidelines partiellement, le visionnage sur un écran digital. Nous excluons among children 5 years and younger: a systematic review de ce fait les activités qui reposent uniquement sur des outils and meta-analysis ». Jama pediatrics, 176 (4), 373-383. doi: numériques audio. 10.1001/jamapediatrics.2021.6386

2. Commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans (2024). Enfants et écrans - Àla recherche du temps perdu, disponible sur https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/16/fbec6abe9d9cc1bff3043d87b9f7951e62779b09.pdf

3. Hill, D. et al. (2016). « American Academy of Pediatrics. Media and young minds ». Pediatrics, 138(5), e20162591. https://doi.org/10.1542/peds.2016-2591 WHO (2019). Guidelines on physical activity, sedentary behaviour and sleep for children under 5 years of age. World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/311664

4. McArthur, B. A., Volkova, V., Tomopoulos, S., Madigan, S. (2022). « Global prevalence of meeting screen time guidelines among children 5 years and younger: a systematic review and meta-analysis ». Jama pediatrics, 176 (4), 373-383. doi: 10.1001/jamapediatrics.2021.6386