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Fiche mise en ligne le 11 mai 2026

Sabariah Mohamed Salleh, docteure en sciences du journalisme et de l’information et experte en éducation aux médias et à l’information, est professeure associée au Centre de recherche en médias et communication à l’université Kebangsaan en Malaisie.

Xue Dou, docteure en sciences de l’information et de la communication, est professeure associée au College of Comprehensive Psychology à l’université Ritsumeikan au Japon. Elle travaille sur la psychologie des médias, la communication numérique et les influences des médias.

Santi Indra Astuti est enseignante-chercheuse à la faculté des sciences de la communication de l’université islamique de Bandung (Unisba) en Indonésie. Elle est la fondatrice de Japelidi (réseau indonésien des acteurs de l’éducation aux médias et au numérique).

De TikTok et Instagram à YouTube et Discord, les adolescents passent une grande partie de leur temps à consommer, créer et partager des contenus. Ces plateformes ne servent pas seulement à les divertir : ce sont aussi des espaces où ils apprennent à connaître le monde, forgent leurs opinions et se connectent les uns avec les autres.

Cette vie connectée présente de belles occasions d’apprendre, de créer et de s’exprimer, mais elle comporte aussi des points négatifs. Face à la profusion d’informations et de désinformation, il peut être difficile pour les jeunes de distinguer ce qui est fiable. Même s’ils sont souvent à l’aise avec la technologie, ils ont encore besoin d’accompagnement pour naviguer de manière réfléchie et sécurisée dans cet environnement.

Une partie du problème provient de la conception même de ces plateformes. Des sites comme YouTube, TikTok ou Instagram utilisent des algorithmes, c’est-à-dire des systèmes informatiques qui recommandent des contenus en fonction de ce que les utilisateurs ont déjà regardé ou aimé. Si cela rend l’expérience plus personnalisée et attrayante, cela conduit aussi à voir toujours les mêmes types de contenus et rarement ceux qui remettent en question nos points de vue. C’est ainsi que se forment les bulles de filtre et les chambres d’écho.

Les bulles de filtre

Définition : ce sont des espaces informationnels personnalisés créés par des algorithmes qui proposent aux utilisateurs des contenus proches de ceux qu’ils ont déjà consultés, aimés ou recherchés1.

Problèmes engendrés : les bulles de filtre limitent la compréhension en présentant principalement un seul point de vue. Cela signifie être privé de perspectives variées, ce qui rend plus difficile le développement d’opinions équilibrées et critiques. Cela augmente aussi le risque que des informations fausses ou trompeuses, conformes à nos croyances, ne soient pas remises en question2.

Les chambres d’écho

Définition : ce sont des environnements en ligne dans lesquels les individus interagissent principalement avec des personnes qui partagent les mêmes croyances3.

Problèmes engendrés : les chambres d’écho renforcent les convictions existantes par la répétition et peuvent accroître la polarisation4. Les points de vue opposés sont rarement rencontrés et donc pris en compte. Dans ce contexte, la désinformation se diffuse plus facilement et paraît plus légitime.

Par ailleurs, le paysage numérique actuel connaît l’émergence des créateurs de contenu qui s’imposent désormais comme de nouveaux leaders d’opinion. Les réseaux sociaux offrent de nombreuses fonctionnalités qui permettent à chacun de produire du contenu. Ainsi, lorsqu’un sujet devient viral, des « experts » se précipitent pour donner leurs conseils et analyses, qui peuvent être trompeurs. Souvent, ces « experts » n’ont d’expert que le nom et ne disposent pas de légitimité professionnelle dans les domaines sur lesquels ils s’expriment. Pourtant, nombreux sont ceux qui adhèrent à ces interprétations spontanées par besoin d’information sur ces sujets.

Les motivations pour partager du contenu sans en vérifier la véracité sont diverses : être le premier à publier, gagner en notoriété ou s’entraider en alertant sur les événements d’actualité.

Conseils et bonnes pratiques pour s’y retrouver

Deux aspects essentiels doivent être pris en compte lorsqu’on aborde la lutte contre la propagation de la désinformation chez les jeunes. Tout d’abord, il est important de comprendre comment ils inter- prètent les informations qu’ils reçoivent. Ensuite, il faut encourager la création de contenus éthiques. Les parents et les enseignants jouent un rôle central, non pas pour surveiller strictement l’usage des réseaux sociaux, mais pour renforcer la pensée critique des enfants.

Voici ci-dessous une série de conseils spécifiques à destination des parents et des enseignants, fondée sur les bonnes pratiques recueillies par les auteurs.

  1. Parlez de l’impact des bulles de filtre et des algorithmes.
  2. Transmettez des valeurs fondamentales : valorisez la recherche de la vérité, de l’impartialité et de l’objectivité. Ces attitudes sont le premier rempart pour se préserver des pièges de la désinformation.
  3. Encouragez l’esprit critique : apprenez à vos enfants à se questionner. Tout ce qui est en ligne n’est pas forcément vrai ou pertinent. Encouragez-les à recourir au principe du THINK avant de repartager : True (Vrai ?) – Helpful (Utile ?) – Inspiring (Inspirant ?) – Necessary (Nécessaire ?) – Kind (Bienveillant ?).
  4. Aérez les « chambres » : luttez contre les chambres d’écho en incitant à diversifier les sources et à adopter une démarche active de recherche d’information.
  5. Instaurez un dialogue constructif : évitez le jugement et les leçons de morale ponctuées d’interdits.
  6. Utilisez des exemples concrets : partagez des expériences personnelles dans des débats en famille pour identifier les points de vue déséquilibrés et l’importance des décisions éclairées.
  7. Cultivez des habitudes responsables : interrogez régulièrement vos enfants. Par exemple : « Qu’as-tu trouvé d’agréable/de désagréable en ligne aujourd’hui ? ». Cela transforme la navigation en une pratique partagée.
  8. Explorez d’autres médias : encouragez vos enfants à ne pas se fier uniquement aux plateformes digitales pour s’informer. Proposez-leur de consulter également des médias traditionnels (presse écrite, radio, télévision) avec des formats longs et approfondis qui expliquent les événements en détail. Orientez-les vers des articles d’analyse avec des sources vérifiées et identifiées.

Infographie reprenant les éléments des chambres d'écho, des bulles de filtre et des créateurs de contenus non experts qui contribuent à une diffusion accélérée de la désinformation ainsi que des impacts sur la jeunesse comme une sensibilité exacerbée, une polarisation de groupe et des préjudices dans le monde réel comme des problèmes de santé graves.

Conclusion

Il est essentiel que les jeunes se libèrent des bulles de filtre et des chambres d’écho afin de pouvoir être exposés à des opinions diverses, et qu’ils soient ainsi capables d’élargir leur vision du monde, de favoriser la compréhension et de célébrer les différences. Cela leur permettra de naviguer en ligne de manière réfléchie, éthique et sécurisée. En tant que parents, vous pouvez y contribuer.

Nom de l'organisation / initiative Description
Annie – Asian Network
of News & Information
Educators
Animation d’un réseau d’enseignants, de journalistes,
de professionnels des médias, de décideurs publics
et d’autres acteurs dans le domaine de l’éducation aux médias
et à l’information.
www.annieasia.org
Out of the Box (Philippines) Promotion d’une éducation aux médias et à l’information
critique et citoyenne au sein de la société philippine
à travers des innovations en matière de formation
et des campagnes de sensibilisation.
www.ootbmedialiteracy.org
Break The Fake Movement Encourager la pensée critique et la participation citoyenne
afin de renforcer les institutions démocratiques par
les connaissances et compétences essentielles en éducation
aux médias et à l’information.
https://breakthefakemovement.com
FactShala (Inde) Programme d’éducation aux médias et à l’information porté
par DataLEADS, qui aide les habitants de petites villes et
de zones rurales en Inde à évaluer de manière critique
l’information en ligne et à distinguer les faits de la
désinformation.
https://factshala.com

Télécharger le guide Unesco complet

Notes

1. Pariser E., The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You, New York, Penguin Press, 2012.

2. Rhodes S. C., « Filter Bubbles, Echo Chambers, and Fake News: How Social Media Conditions Individuals to Be Less Critical of Political Misinformation », Political Communication, 39 (1), 2021, 1–22. https://doi.org/10.1080/10584609.2021.1910887

3. Cinelli M., Morales G. D. F., Galeazzi A., Quattrociocchi W., & Starnini, M., « The echo chamber effect on social media », Proceedings of the National Academy of Sciences, 118 (9), 2021, 1–8. https://doi.org/10.1073/pnas.2023301118

4. Sunstein C., # Republic: Divided democracy in the age of social media, Princeton University Press, 2018.