Fiche mise en ligne le 11 mai 2026
Adeline Hulin, cheffe d’unité pour l’éducation aux médias et à l’information et les compétences numériques, UNESCO.
Samrita Menon, spécialiste adjointe de programme, unité pour l’éducation aux médias et à l’information et les compétences numériques, UNESCO.
Si vous vous êtes déjà demandé comment vos enfants s’informent sur l’actualité, vous n’êtes pas le seul. En quelques années, l’accès à l’information a profondément changé. Selon les deux dernières éditions du Digital News Report du Reuters Institute (2024 et 2025), la plupart des jeunes s’informent principalement via les réseaux sociaux. Sur ces plateformes, l’actualité est souvent relayée par des créateurs de contenu plutôt que par les médias traditionnels.
Parents, ne pensez pas que si vos enfants ne s’informent pas sur les mêmes supports ou à partir des mêmes sources que vous, c’est qu’ils ne s’intéressent pas à l’actualité ! Les enquêtes montrent au contraire qu’ils restent très curieux des événements mondiaux et des enjeux de société1. Néanmoins, les usages et les formats qu’ils consomment sont radicalement différents. Les jeunes privilégient les contenus vidéo et apprécient les informations faciles à partager. Ils ne vont plus chercher l’actualité : elle se présente à eux dans leurs flux, souvent mêlée à toutes sortes de contenus de divertissement. Ce mélange des genres brouille les frontières entre information fiable et simple divertissement.
De plus en plus de jeunes se tournent également vers les outils d’IA générative, tels que les chatbots et les moteurs de recherche alimentés par l’IA, pour obtenir rapidement des explications ou des réponses. Dans ces situations, ils ne se contentent plus de consommer passivement des contenus via les réseaux sociaux, mais ils génèrent des résumés ou demandent à l’IAG d’interpréter les événements. Cette nouvelle pratique comporte un risque : celui d’accéder à une information simplifiée, décontextualisée ou insuffisamment vérifiée.
Statistiques clés sur l’information et les jeunes2
1. Les réseaux sociaux sont devenus la principale porte d’accès à l’information
44 % des 18-24 ans déclarent que les réseaux sociaux sont leur principale source d’information. TikTok est désormais la principale source d’actualité pour les 12-25 ans.
2. La vidéo est le format préféré pour s’informer
La consommation de vidéos d’information sur les réseaux sociaux est passée de 52 % en 2020 à 65 % en 2025 ; tous formats vidéo confondus, elle est passée de 67 % à 75 %.
3. Les influenceurs sont considérés comme des sources fiables
Sur TikTok, Instagram et YouTube, les influenceurs deviennent les principales sources d’information des jeunes publics.
4. Les chatbots IA deviennent de nouvelles sources d’information
7 % des personnes interrogées utilisent chaque semaine des chatbots IA pour s’informer. Chez les moins de 25 ans, cette proportion atteint 15 %.
5. Les podcasts gagnent du terrain
Les podcasts sont de plus en plus populaires auprès d’un public jeune et instruit.
Ces nouvelles manières de consommer l’information soulèvent plusieurs défis. L’instantanéité et la facilité de partage priment souvent sur la profondeur d’analyse et la vérification des faits. L’accès à un journalisme de haute qualité peut être coûteux (abonnement payant) et la majorité des jeunes ne dépensent pas d’argent pour s’informer. La tradition familiale consistant à regarder ensemble le journal télévisé du soir laisse progressivement la place à des usages individualisés, centrés sur le smartphone.
Les plateformes numériques ont encouragé l’expression personnelle, la créativité et les connexions à l’échelle mondiale, mais elles sont également devenues des espaces où circulent facilement la mésinformation, la désinformation, les discours polarisants ainsi que des contenus incitant à la violence, à la discrimination ou à la haine.
Un autre défi tient au fait que les jeunes ne passent plus par l’intermédiaire des « gardiens » traditionnels de l’information, à savoir les rédacteurs en chef et les journalistes. La presse écrite, la télévision et la radio s’appuient sur des principes déontologiques pour produire et vérifier l’information3.
En revanche, la plupart des créateurs de contenu ne sont pas soumis à ces exigences. Beaucoup partagent des opinions, des rumeurs ou des affirmations non vérifiées, qui peuvent se diffuser très rapidement. Les jeunes manquent souvent des repères nécessaires pour distinguer un journalisme professionnel de contenus pensés avant tout pour divertir ou influencer.
Focus sur l’enquête de l’UNESCO « Derrière les écrans »
« Derrière les écrans » est la première enquête mondiale consacrée aux créateurs de contenu. Elle se distingue par son ampleur mondiale et offre un aperçu de leurs motivations, de leurs pratiques et des défis auxquels ils sont confrontés. L’UNESCO a mené cette étude auprès de 500 créateurs de contenu4 dans plus de 50 pays, répartis sur 6 continents, et dans 8 langues : anglais, français, espagnol, portugais, arabe, allemand, russe et chinois.
Selon les résultats, 42 % des créateurs considèrent la popularité – mesurée par le nombre de likes et de vues – comme le principal indicateur de crédibilité des sources d’information en ligne.
L’absence généralisée de vérification rigoureuse des faits – 62 % des créateurs ne vérifient pas les faits – souligne le besoin crucial de sensibiliser les utilisateurs afin d’en faire des alliés dans la lutte contre la désinformation.
Le besoin de sensibilisation est confirmé dans l’enquête, qui révèle que seuls 14 % des créateurs de contenu ont participé à des programmes visant à leur donner les compétences nécessaires en matière d’éducation aux médias et à l’information.
En dépit de l’absence généralisée de vérification des faits, 73 % des créateurs de contenu interrogés ont exprimé un fort désir de suivre des formations en éducation aux médias et à l’information.
Être journaliste n’est pas seulement un métier, c’est une fonction sociale. Selon les normes internationales, le journalisme consiste à fournir des informations vérifiées qui servent l’intérêt public. Ce travail peut être réalisé par des professionnels dans les salles de rédaction, mais aussi par des journalistes citoyens ou même des créateurs de contenu lorsqu’ils respectent les principes déontologiques des journalistes. Àtravers cette définition fonctionnelle du journalisme, l’accent n’est pas mis sur la question de savoir qui peut être journaliste, mais sur le droit à la liberté d’expression pour tous (y compris le droit de rechercher, de recevoir et de diffuser des informations et des idées).
Avant l’ère numérique, la majorité des informations provenaient des médias traditionnels (télévision, radio et presse écrite). Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont ouvert l’espace public à de nombreuses autres voix. Ces nouvelles sources d’information peuvent concurrencer les médias traditionnels, mais ce qui distingue le journalisme, c’est la manière dont le travail est effectué.
Les journalistes suivent des lignes directrices et des normes professionnelles (transparence, responsabilité éditoriale), notamment pour vérifier l’exactitude des informations.
Cette évolution impose aux utilisateurs la responsabilité d’exercer leurs compétences en matière d’éducation aux médias et à l’information, afin d’évaluer la fiabilité et la crédibilité des contenus qu’ils consomment. Dans le cas d’utilisateurs tels que les enfants et les mineurs, des études menées dans le monde entier montrent que leur résilience face à la désinformation et à la mésin- formation reste faible et que les espaces en ligne peuvent avoir des effets négatifs sur leur bien-être psychologique et mental ainsi que sur leur sécurité physique.
La bonne nouvelle ? Les parents peuvent jouer un rôle essentiel en aidant leurs enfants à acquérir des habitudes saines en matière d’information. Voici quelques conseils pratiques.
Les enfants et les jeunes consomment souvent de l’information sans comprendre comment elle est produite. Essayez de leur expliquer en termes simples :
Vous pouvez même comparer une information journalistique à une publication d’influenceur : qui citent-ils ? Quelles sont leurs preuves ? Cherchent-ils à vous informer, à vous divertir, à vous vendre un produit ou une idée, à vous persuader ?
Encouragez vos enfants à découvrir :
Cela peut les aider à normaliser l’idée que les informations peuvent provenir de sources fiables et sélectionnées, et pas seulement d’algorithmes ou d’influenceurs. Lire quelques articles ensemble et demander « Qu’en penses-tu ? » transforme la consommation d’informations en une activité partagée plutôt qu’en une corvée.
Au lieu de critiquer et de rejeter les influenceurs ou les plateformes, posez des questions ouvertes :
Ces questions invitent à une discussion sur la crédibilité des faits énoncés et les préjugés des auteurs sans porter de jugement sur les pratiques informationnelles de vos enfants. Cela vous aide également à comprendre le fonctionnement de leurs espaces numériques, lieux où ils peuvent naviguer seuls et être confrontés à des sujets complexes et sensibles.
Les médias traditionnels investissent de plus en plus dans des contenus adaptés aux jeunes publics. Il existe aujourd’hui de nombreux formats journalistiques conçus pour expliquer des sujets complexes dans un langage simple et attrayant, sans sensationnalisme ni peur inutile. Ces sources utilisent souvent des visuels, des vidéos et des éléments interactifs pour rendre l’apprentissage accessible et agréable. Si votre enfant utilise des outils d’IA ou les réseaux sociaux pour s’informer, encouragez-le à recouper les informations qu’il trouve avec celles provenant de ces médias destinés aux enfants et aux adolescents. Cela l’aidera non seulement à vérifier les informations, mais lui apprendra également l’importance de développer son esprit critique et de mieux connaître le fonctionnement des médias et de l’information.
Le sociologue William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963) a dit cette phrase célèbre : « Les enfants apprennent davantage de ce que vous êtes que de ce que vous leur enseignez. » Cela s’applique tout particulièrement à l’éducation aux médias et à l’information. Les parents doivent adopter des habitudes saines en matière de pratiques informationnelles afin d’encourager leurs enfants à faire preuve d’esprit critique face à la diversité des médias et des sources d’information.
Les parents sont eux-mêmes sujets à des préjugés et des opinions. Si vous souhaitez instaurer une règle (par exemple, ne pas partager d’informations sur un groupe de discussion à moins qu’elles n’aient été vérifiées à l’aide de deux ou trois sources fiables), vous devez tout d’abord vous l’appliquer à vous-même.

1. How young people are quietly rewriting global cooperation/British Council, 2025, en ligne : www.britishcouncil.org/voices-magazine/how-young-people-are-quietly-rewriting-global-cooperation
2. Reuters Institute :
– Digital News Report 2024/Reuters Institute for the Study
of Journalism ;
– Digital News Report 2025/Reuters Institute for the Study
of Journalism.
3. Par exemple www.ifj.org/fr/qui/regles-et-politique/charte-mondiale-dethique-des-journalistes
4. Les répondants sont des créateurs de contenu définis comme « des individus qui publient régulièrement du contenu en ligne pour le grand public et qui ont plus de 1 000 abonnés, ce qui constitue le seuil pour être qualifiés de nano-influenceurs ». Derrière les écrans : témoignages des créateurs de contenu numérique ; comprendre leurs intentions, leurs pratiques et leurs défis, UNESCO, 2024.