Séverine Poncet-Ollivier, formatrice au CLEMI
Bien que la communauté scientifique n’ait pas établi, de manière certaine, un lien de causalité direct entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dégradation de la santé mentale des adolescents, de nombreux travaux pointent, ces dernières années, des relations significatives entre un usage intensif – notamment au-delà de cinq heures quotidiennes – et une augmentation de troubles tels que l’anxiété, les symptômes dépressifs ou les troubles du sommeil. La communauté scientifique s’accorde ainsi sur le fait que l’exposition excessive aux réseaux sociaux constitue un facteur de risque, en particulier chez les populations déjà vulnérables.
Que faut-il savoir ?
- L’adolescence (10 à 19 ans selon l’OMS1) est une période de grande vulnérabilité psychologique (bouleversements corporels, quête d’identité, construction fragile de l’estime de soi).
- Certaines pratiques numériques ont tendance à accentuer ces fragilités : les plateformes permettent d’exploiter ces vulnérabilités et favorisent une forme de dépendance2.
- À l’adolescence, les filles sont davantage exposées à la pression sociale, notamment à travers l’assignation à des rôles genrés et l’injonction à adopter des comportements et des apparences conformes aux normes sociales. Elles sont également plus3, fréquemment victimes de cyberviolences en particulier dans les commentaires ou les messages privés.
- La plupart des adolescents ont la capacité d’identifier une partie des risques liés à l’utilisation de certains réseaux sociaux.
Quels sont les troubles identifiés les plus courants ?
Selon des travaux de l’Institut national de santé publique du Québec4, les troubles sont de plusieurs ordres.
- La dégradation de l’estime de soi causée par la comparaison permanente avec des modèles stéréotypés. Les identités singulières peuvent être censurées par les algorithmes des réseaux sociaux.
- La cyberdépendance est caractérisée par l’incapacité à contrôler le temps d’utilisation des réseaux sociaux.
- L’anxiété : les algorithmes des réseaux sociaux exposent des adolescents, déjà vulnérables, à des contenus anxiogènes qui peuvent aggraver leurs difficultés et leurs symptômes. Le manque de sommeil vient augmenter ce sentiment d’anxiété.
Dans quelles situations faut-il réagir ?
- L’observation d’un isolement marqué et soudain, une irritabilité ou une anxiété grandissante, des changements de modes d’alimentation ou des transformations physiques rapides sont des signes d’alerte d’un mal-être adolescent.
- Les préoccupations excessives (obsessions pour son image corporelle, envie irrépressible de consulter les réseaux sociaux, détresse ou forte anxiété lorsque l’accès aux réseaux est impossible…) sont l’occasion d’ouvrir un dialogue avec les adolescents pour comprendre les raisons de ce malaise.
Notes
1. Les adolescents, les écrans et la santé mentale, rapport de l’OMS, septembre 2024.
2. Les Effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, rapport de l’Assemblée nationale, septembre 2025.
3. Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents, rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), décembre 2025.
4. Usage des écrans, santé mentale et symptômes de troubles mentaux chez les jeunes de 12 à 17 ans, INSPQ, octobre 2024.